L’argentin, le coeur sur la main

Hola chicos, cómo están? Me voilà à Buenos Aires pour passer les fêtes. Fatigué comme jamais d’explorer, j’ai besoin d’une grande ville pour me ressourcer. Ici il fait 32°C en moyenne et les porteños (nom attribué aux habitants de la capitale) sont plus chaleureux que jamais. La preuve en est avec ma famille d’accueil. 

T’as de la famille à Buenos Aires Max? Et oui, moi-même je n’étais pas au courant. Je t’explique. Ma nourrice Rosanne, une italienne qui m’a élevé jusqu’à mes 4 ans, a de la famille ici. Il faut savoir que la ville regorge d’immigrés italiens qui sont arrivés massivement à la fin du XIXe siècle. Elle les a contacté et sans même ne m’avoir jamais vu, ils sont ravis à l’idée qu’on passe les fêtes chez eux. Un peu gênés, avec Rick (mon partenaire de voyage) nous arrivons dans une belle maison en banlieue de Buenos Aires avec piscine et jardin. On passe la semaine à manger des asados (les fameux barbecues argentins) et à boire du Malbec. Ça te paraît tranquille? Et bien détrompe toi. C’est un enchaînement de repas de famille qui ne s’arrête jamais. Chaque jour, déjeuner de 14 à 18h et dîner de 22h à 1h. On passe littéralement notre vie à table, dans la bonne ambiance argentine, comme je l’avais imaginé. 

Certains quartiers de Buenos Aires peuvent être dangereux la nuit. Et Rosa, la maman de la petite famille se fait trop de soucis pour nous quand on décide de sortir. On décide donc de lui épargner nos retours de soirée, complètement pleins au Fernet (boisson nationale), et de prendre une auberge de jeunesse. Le centre historique me rappelle Paris, des grands boulevards Haussmanniens, des jolis parcs et un style vie très européen. On sort et on mange tard, comme en Espagne. Et les milongas (lieux où se danse le tango) donnent le tempo dans une ville, qui n’a rien à envier aux capitales outre-Atlantique.

Ce qui me frappe ici, c’est la chaleur humaine. Un sourire échangé dans la rue, dans un café ou dans un parc et la conversation est engagée. C’est donc assez facile de rencontrer du monde et on ne sent jamais vraiment seul. Et venons en au fait, l’ambiance est très, très caliente. La séduction fait partie intégrante de la culture. Tout est question d’un regard, d’un peu d’ambiguïté, d’une danse … je me débrouille pas mal sur les deux premiers points. Et je compense le troisième avec un bel accent français qui les fait rire. Ce qui me permet de faire de jolies rencontres. 

Un soir, je fais la connaissance de Catalina dans un bar. Elle a 37 ans, elle est peintre et elle danse magnifiquement bien. On n’a donc pas grand chose en commun. La musique est très forte et avec mon espagnol légendaire, ce n’est pas facile de communiquer. Je ne sais pas ce qui l’a marqué chez moi, mais elle accepte de me revoir. Un soir, elle m’invite chez elle pour prendre un verre. C’est un véritable atelier avec des peintures partout et un chaos artistique bien organisé. Elle met en route son vieux tourne-disque et lance un vinyle de cumbia. La cumbia est un genre musical né en Colombie, plutôt sensuel avec des sonorités africaines. Elle décide de m’apprendre à danser. Je lui marche sur les pieds et je suis tendu comme jamais. On ouvre une bouteille de vieux rhum et tout de suite, mes pas deviennent beaucoup plus fluides. Le rythme de la cumbia berce la soirée. Nos hanches sont collées et j’ai une douce saveur sur les lèvres. Qu’est-ce qu’il est bon ce rhum!

J’apprends ensuite par hasard que Romain, un de mes potes de Berlin, est à Buenos Aires en ce moment. C’est un français qui a monté sa société en ligne, il voulait fuir l’hiver berlinois trop rude et s’est installé ici pour quelques mois. Il me présente beaucoup de monde et m’invite à pas mal de soirées. On mène une vraie vie de porteño! Et il m’invite même à crécher chez lui quelques temps. Je prends goût au rythme de vie local et pour tout te dire, je n’ai plus envie de repartir.

Au départ de Buenos, tu peux prendre un vol jusqu’à la frontière avec le Brésil pour observer les célèbres chutes d’Iguazú. Mais je ne suis pas enchanté à l’idée de prévoir trois jours pour aller voir des « cascades », aussi belles soient-elles. Finalement Rick me convainc d’y aller et je ne suis pas déçu du voyage. Près de 300 chutes d’eau situées au milieu de la forêt tropicale entre le Brésil et l’Argentine dont certaines atteignant les 80 m de hauteur. Un spectacle à couper le souffle!

C’est sur cette belle note que s’achèvent nos deux mois de route ensemble. Rick s’en va en Nouvelle-Zélande pour de nouvelles aventures. Quant à moi, il me faut aussi reprendre la route bientôt. Et cette fois-ci c’est Romain qui décide de se joindre au voyage. On part donc ensemble à l’assaut du centre de l’Argentine. Objectif Mendoza, 1000 km plus à l’ouest. En passant par Tigre (le Venise argentin), Rosario (les plus belles femmes d’Argentine s’y trouvent, nous avait-on dit) et Córdoba (2èmeplus grande ville du pays). Un joli road trip de deux semaines pour arriver dans la plus grande région viticole du pays, là où est produit le fameux Malbec. Mendoza est une petite ville aux pieds de L’Aconcagua, le plus haut sommet d’Amérique latine culminant à 6962m. Au programme, visite de bodegas avec dégustations à la clé, et randonnées. On se renseigne pour faire l’ascension du sommet mais il faut 14 jours de marche … Bon, ce sera pour une prochaine fois. Notre auberge est pleine d’argentins avec qui on fait des asados tous les soirs. Au coin du feu, Romain joue de la guitare sous les yeux ébahis des petites. Il est bon le Romss!

Un bon matin, je le dépose à l’aéroport. Il doit retourner à Buenos et je dois reprendre ma route vers le nord. C’est la première fois que je baroude seul à nouveau depuis trois mois. Et pour tout te dire je suis assez content de cette nouvelle configuration. J’avais comme un besoin de me retrouver, avec ma Suz, au calme. C’est le paradoxe du voyage en solitaire, tu rencontres constamment des nouvelles personnes et tu ne te retrouves jamais vraiment seul.
Je vais longer la Cordillère des Andes jusqu’à Salta, 1300 km plus au nord. À ce stade je pénètre sur les terres de l’ancien empire Inca, la plus vaste civilisation précolombienne. Et les paysages sont bluffants. Quand la Cordillère n’existait pas encore, il y a de ça des millions d’années, l’océan recouvrait ces terres. Tu observes donc des formations rocheuses incroyables qui sont dues à la sédimentation marine de l’époque. Je veux dire par là des paysages lunaires comme dans le parc national Ischigualasto. Ou bien encore le canyon de Talampaya avec cette terre rouge vif qui donne cette atmosphère si particulière. 

Mon itinéraire jusqu’à Salta m’offre des étapes toutes plus surprenantes les unes que les autres. Je pense notamment à Cafayate, le vignoble argentin le plus haut du monde. Perchées dans les montagnes entre 1000 et 3000m d’altitude, les grappes bénéficient de températures estivales allant jusqu’à 35°C le jour et 15°C la nuit. Cette grande amplitude thermique procure au vin une forte concentration en sucre (donc en alcool). Tout en profitant de l’acidité et des tanins dopés par les nuits fraîches d’altitude. Les vins de Mendoza sont à l’Argentine ce que les vins de Bordeaux sont à la France. Cafayate c’est un peu leur Bourgogne locale. 

Et tu sais quoi? C’est de nouveau la mythique Ruta 40 qui m’y conduit. Après l’avoir prise au départ d’Ushuaia, quelques 4000 km plus au sud, me voilà à l’autre extrémité de cette célèbre voie qui traverse le pays. Les couleurs, les paysages et l’atmosphère changent à chaque nouveau virage. Et je savoure chaque kilomètre d’asphalte comme si c’était le dernier. Qui a dit que conduire était pénible? 

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