L’envol du Fez: arrivée au Chili

On est le 11 septembre 2018, je suis à la porte d’embarquement du vol Paris Santiago à Charles-de-Gaulle et j’ai le sourire. Je repense à ma dernière soirée du samedi entre copains et aux derniers repas de l’été en famille. Il y a 35 ans, c’est un grand aventurier du XXe siècle qui était assis à ma place et qui s’envolait pour Lima. C’est lui même qui m’a donné l’idée de ce voyage sans le savoir. Bon ok, c’était juste mon père qui partait 3 mois au Pérou avec sa copine et 1000 francs en poche. Sur place il lui a fait vendre ses bijoux pour s’acheter à manger car ils mourraient de faim. Afin d’éviter ce genre de problème, je décide de partir en solitaire. Mon sac à dos comme seul compagnon pour un voyage de 9 mois en Amérique latine. Un périple de 40 000 kilomètres à moto du Chili à la Colombie, en passant par la Patagonie, l’Est argentin et sa capitale Buenos Aires, le désert de sel d’Uyuni en Bolivie, le Machu Picchu et j’en passe (voir Itinéraire).

Un mois plus tôt je quittais Munich et mon poste de commercial en Allemagne. Je faisais mes valises pour retourner chez ma mère (pas facile à 27 ans) le temps de préparer mon voyage. Itinéraire, vaccins, assurances, achat de matériel, etc., une liste de choses à faire bien trop longue mais indispensable pour avoir l’esprit tranquille. La bonne nouvelle dans tout cela est ma mise en relation avec Raphaël, un français vivant à Santiago. Une amie en commun lui a parlé de moi et il s’est proposé de m’aider. Lorsque je l’appelle pour lui demander quelques conseils, Raphaël m’invite même à crécher chez lui les premières nuits. Il ne me connaît pas et il me prend déjà sous son aile avant même mon arrivée. Il vit avec sa femme Alejandra et leurs deux enfants : Diego, 2 ans et Sophie, 4 mois. La petite famille se dit ravie de m’accueillir. Je sens déjà la chaleur humaine et la bienveillance du peuple chilien à plus de 10 000 km, me voilà un peu rassuré.

Le temps passe et une vingtaine d’heures de vol plus tard (oui, 2-3 escales) me voilà à Santiago. J’arrive dans l’appartement de ma nouvelle famille d’accueil qui m’attend avec une bouteille de vino tinto et des empañadas de horno sur la table. Je me sens comme à la maison ! On est le jeudi 12 septembre et les Fiestas Patrias (fêtes nationales au Chili) commencent dès vendredi. Un week-end complet et trois jours fériés jusqu’au mercredi à manger, boire et célébrer. Ce n’était pas calculé mais j’arrive au bon moment.

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Raphaël et Diego – Mercado Central, Santiago, Chile

Ici la tradition est de participer à des Fondas. Imaginez une grande place avec des chapiteaux servant à boire et à manger, des concerts ambulants et tout Santiago qui se ramène pour faire la teuf. Un genre d’Oktoberfest à la chilienne. Je lance donc mon application Couchsurfing pour aller y faire un tour. 

Couchsurfing est une communauté de voyageurs permettant de proposer ou de trouver un hébergement temporaire et gratuit. Elle met aussi en relation des personnes ayant les mêmes centres d’intérêt.

Je tombe sur Adrien, un chilien de 25 ans qui veut pratiquer son anglais et rencontrer des « expat ». Parfait, moi j’ai besoin de pratiquer mon espagnol.

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Il faut dire qu’il y a encore un mois je ne parlais pas un mot. Une trentaine d’heures de cours plus tard et me voilà au Chili. Le pays où le castillan se parle très rapidement avec un vocabulaire qui varie beaucoup de l’espagnol classique. C’est pour te dire comme je rame.

Avec Adrien on se donne rendez-vous à une station de métro et on va ensemble jusqu’à la Fonda O’Higgins. On y retrouve deux filles qui nous ont contacté via l’application elles aussi.  L’une d’elle vient de Santiago et l’autre de Taïwan. Là on enchaîne les Terremotos (ou « tremblements de terre ») ; c’est une boisson chilienne à base de vin blanc sucré et de liqueur dans laquelle ils mettent une boule de glace à l’ananas (c’est bizarre mais c’est bon). C’est sucré et très fort, du coup assez traitre. Un groupe de musiciens colombiens débarque sur scène et commence à jouer. Quelques minutes plus tard tout le monde danse. Mais ce n’est pas comme chez nous en club, où les gens se regardent bouger les hanches avec un verre à la main. Ici TOUT LE MONDE va sur la piste et bouge plutôt bien. Forcément on y va et c’est marqué sur mon front que je ne suis pas du coin. On se marre bien et je sympathise pas mal avec Adrien. J’ai trouvé mon premier poto de Santiago. Enfin, c’est ce que je croyais. En rentrant à la maison je reçois ce message:

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La désillusion, le mec m’explique qu’il me trouve mignon, qu’il est gay et comme je ne le suis pas il préfère couper les ponts avec moi. Arf

Le lendemain matin je me fais réveiller par Diego dans mon canapé clic-clac. La petite terreur ne ferme plus l’œil après 7h du coup la nuit fut plutôt courte. Petite gueule de bois mais pas le temps d’y penser, aujourd’hui on file à Cajon del Maïpo pour célébrer les Patrias avec la famille d’Alejandra, la femme de Raphaël. Ils m’ont invité à leur repas traditionnel où je vais enfin goûter mon premier asado (barbecue) chilien . Imagine un petit chalet dans les montagnes, une grande tablée de 25 personnes et des kilos de viandes qui défilent toute la journée. 12h-22h, je n’avais encore jamais assisté à un repas de famille aussi long. Forcément ils ne parlent qu’espagnol et mon cerveau commence à chauffer en fin de journée. Entre deux plats tous les hommes partent faire un foot sur un petit terrain en graviers dans le fond du jardin. J’y vais tranquille mais eux ne rigolent pas. Tirages de maillot, tacles et balayettes sont à l’ordre du jour. Ils m’appellent « Griezmann, Griezmann, aquí » pour que je leur fasse la passe. En plus on a Jorge aux buts, le grand-père qui sort toutes les balles. C’est bon délire.

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Fiestas Patrias en famille – Cajón del Maipo, Chile

Jour 6 – on est mardi et c’est toujours férié. Ma mission initiale qui était de passer le permis moto attendra. Je décide de lancer Tinder pour pratiquer mon espagnol bien sûr. J’ai rendez-vous avec Daniella, une chilienne de 27 ans qui ne parle pas un mot d’anglais. Ça c’est du défi mon pote ! Elle arrive avec une heure de retard et j’attends comme un peintre à la station de métro. On part ensemble faire une expo à La Moneda qui est le palais présidentiel. C’est là où le dictateur Pinochet a fait son coup d’état le 11 septembre 1973 sous la présidence de Salvador Allende. Un lieu très symbolique donc. Elle m’explique tout ça en parlant assez lentement, ce qui me permet de tout comprendre. Je suis un peu plus limité pour répondre et le manque de vocabulaire m’oblige à parler avec les mains. Mais on se marre et le courant passe bien. Elle fait mon guide pour la journée et on se balade dans Santiago jusque tard dans la nuit. Un peu de culture et de pratique de la langue qui rendent la journée fort sympathique.

Jour 8 – désillusion ce matin en me rendant au bureau pour passer mon permis moto. Il me faut un visa spécial et les délais d’obtention sont bien plus longs qu’auparavant. Suite aux vagues d’immigrations de ces derniers mois, notamment dues à la crise politique et économique au Venezuela, ils ont durci les démarches. Étant donné que j’ai déjà mon permis B, je me mets à la recherche d’une voiture.

Les 3 jours initialement proposés par Raphaël se sont transformés en une semaine. On s’entend bien et la famille me propose de rester aussi longtemps que je le souhaite. Seulement je n’ai pas envie d’abuser et je me trouve donc un hostel à Bellavista, quartier animé de Santiago. Un lit dans un dortoir pour 6 personnes où je fais la rencontre de deux brésiliens, Arthur 27 ans et Miguel 40 ans. Mes journées sont rythmés par des asados et de la funk carioca. L’atmosphère parfaite pour continuer mes recherches.

Jour 10 – cela fait plusieurs jours que je discute avec Belén via mon application de pratique d’espagnol préférée. Elle est chilienne et ne parle pas un mot d’anglais. On utilise nos traducteurs respectifs pour se faire comprendre et nos conversations ne ressemblent pas à grand chose. Mais c’est suffisant pour organiser une randonnée à Aguas de Ramon ce dimanche, un parc naturel dans les Andes entre cols enneigés et chutes d’eau à 40 minutes de Santiago. Elle vient me chercher ce matin à 9h au coin de la rue de mon auberge. Je suis au petit-déjeuner, je regarde ses photos et elle est vraiment pas mal. J’ai un peu la pression. J’enfile ma plus belle tenue ou du moins mes derniers habits propres, et je vais au point de rendez-vous. Je vois une petite Suzuki arriver au loin qui s’arrête à ma hauteur avec la fenêtre ouverte:

« – Eres Maxime ? 

– Euh … si yo lo soy ! »

J’ai bégayé et j’ai eu l’air bête. Ressaisis-toi mon vieux allez ! Je monte dans la voiture et ça ne loupe pas. C’est un tube.

tube = un bon 8,5/10

La journée se passe plutôt pas mal. On s’entend vraiment bien et l’endroit est magnifique. On décide de sortir du sentier tracé et de remonter une rivière jusqu’à un petit coin à l’abri des autres randonneurs. On déjeune au bord de l’eau en se raconte nos histoires de cœur. Je passe beaucoup de temps à faire « oui » de la tête comme si j’avais compris. J’ai appris cette technique à mes débuts en Allemagne et je la maîtrise plutôt bien. À ce hochement de tête tu ajoutes un petit claro (= c’est clair) et les gens n’y voient que du feu

Pour la première fois du voyage je ne voudrais être nulle part ailleurs. Simplement heureux. L’air de la montagne décidément. 

9 réflexions sur “L’envol du Fez: arrivée au Chili

  1. Coucou Maxime,

    Je viens de lire le début de ton aventure c’est juste genial de pouvoir vivre cette belle aventure.
    Je te souhaite pleins de belles rencontres de beaux moments à vivre et surtout à nous faire partager
    Je t’embrasse bien fort

    Houria 😘

    Aimé par 1 personne

  2. C’est super mon pti max!!
    Profite bien de ces moments magiques que tu pourras raconter toi meme à tes enfants!!😜👍
    Nous sommes ravis de suivre ton aventure !!
    À bientôt pour la suite
    Suis fière de toi
    On t’embrasse
    Rosanne et alain

    Aimé par 1 personne

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