La route vers le sud: direction Ushuaia

L’Amérique du sud et son adaptation permanente. Si gentillesse, bonne humeur et cool attitude font partie intégrante de la culture chilienne, mieux vaut savoir que le terme « pressé » ne leur est pas familier. Et un peu trop d’impatience peut vite vous faire dérailler.

Cela fait deux semaines que je suis à Santiago et la bonne nouvelle est que j’ai trouvé une voiture. Mais entre les allers retours au garage, les démarches administratives et les soucis de paiement internationaux me voilà bloqué deux semaines supplémentaires dans la capitale. C’est un mal pour un bien car ça me permet de passer plus de temps avec Belén (voir premier article) . On s’est revu plusieurs fois et elle m’a même proposé de rester chez elle jusqu’à ce que tout soit réglé. Je ne me suis pas fait prier et j’ai gentiment posé mon sac à dos dans son appartement. On cuisine des bons petits plats, on visite le vignoble Concha y Toro (le Casillero del Diablo ça te parle ?) et on part même en week-end sur la côte à Valparaíso. Ça ne sent pas bon, je n’ai pas commencé mon trip que je n’ai déjà plus envie de partir.

Valparaíso fut clairement mon coup de cœur de ce début de voyage. Un port ouvert sur le pacifique qui a eu son heure de gloire un siècle auparavant. Aujourd’hui c’est un temple de la culture urbaine. Sillonner ses rues revient à parcourir un musée à ciel ouvert et le « street art » est à couper le souffle. C’est aussi la ville de cœur du poète Pablo Neruda et on peut y visiter sa maison sur le cerro Bellavista.

Au Chili pour acheter un véhicule il te faut passer chez le notaire, signer des tas de documents et même enregistrer tes empreintes digitales sur le contrat de vente. En général pas de corruption dans le pays. Mais cela engendre des démarches administratives plutôt fastidieuses. Après de longues heures d’attente à l’office notarial, me voilà enfin propriétaire d’un 4X4 Suzuki Grand nomade, prêt à prendre la route du sud. J’avais prévu trois semaines pour trouver le bon véhicule et gérer l’ensemble des démarches, il m’en aura fallu cinq. Même si je reconnais avoir trainé un peu.

Jour 34 – Pour ma dernière nuit à Santiago je décide de prendre un hôtel. À bord de mon nouveau bolide je rejoins Belén en bas de chez elle pour lui faire mes adieux. On reste dans la voiture à discuter. Radio et phares allumés je ne vois pas le temps passer. Une dernière embrassade et je mets le contact pour filer mais … ça ne démarre pas. La batterie est à plat.

Jour 35 – L’incident de la veille m’obligea à annuler ma nuit d’hôtel et à rester dormir sur place. Quel dommage. Armé de pinces crocodiles, je fais repartir la Suz avec l’aide d’un conducteur stationné dans la rue. À l’avenir je saurai que la batterie de la voiture n’est plus toute jeune et qu’il me faudra la ménager. Après cette dernière péripétie, me voilà enfin en route vers le sud.

Première étape, Pichilemu. Une petite ville à 3h au sud de Santiago sur la côte Pacifique. La nuit étape se transforme finalement en trois jours sur place. Surf la journée et asado (barbecue) sur la plage le soir. Plusieurs communautés hippies qui se côtoient et qui partagent leurs expériences de voyage. Je fais la rencontre de quatre allemands avec qui je décide de prendre la route un peu plus tard. Ils n’ont pas vraiment d’objectif mais ils vont vers le sud. Je vais à Pucón, dans la région des lacs et ça leur convient.

Situé entre la Cordillère des Andes et l’océan Pacifique, le Chili a une largeur moyenne de 180 kilomètres. Tu passes donc très rapidement des paysages côtiers à ceux de la montagne. Entre ces deux extrêmes, dans la région sud, tu trouves d’innombrables lacs, forêts et parc nationaux tous plus fascinants les uns que les autres. Le choix de la voiture s’avère donc être payant puisque nous passons par des lieux reculés où nous avons la liberté de nous arrêter comme nous l’entendons. Du bon son et des kilomètres d’asphaltes entre les montagnes. C’est ça la liberté ma gueule!

À Pucón un « couchsurfer » accepte de m’héberger quelques nuits. Sebastian a 29 ans et il vit avec sa famille composé de ses deux parents, sa sœur et ses deux neveux. Petite maison modeste sur les collines de la ville où il fait bon vivre. Je suis accueilli comme si j’étais un ami de longue date. J’arrive un peu tard et ils ont déjà pris la Once mais je suis à temps pour la Cena. Au chili la Onceest l’équivalent du goûter chez nous sauf qu’il se prend un peu plus tard, entre 16 et 20H. Il se compose normalement de pain, fromage, jambon et avocat. Et la Cenaqui signifie dîner, se prend plutôt vers 22H. Et moi qui avait peur de perdre du poids avec ce voyage …

La région des Lacs qui s’étend de Pucón à Puerto Montt a connu plusieurs vagues d’immigration allemandes au XIXe siècle. L’architecture des habitations et les noms à consonance germanique nous font penser à la Suisse et à la Bavière. Au programme ici: rafting sur le Río Trancura, trek dans le parc national Conguillío et ascension du Volcán Villarica.

Après 3 jours passés chez Sebastian et sa famille, je me décide à prendre une auberge de jeunesse pour quelques nuits. En partant on se prend dans les bras avec ses parents. Ils me demandent ce que j’ai prévu pour Noël, et pas grand chose à vrai dire. Ils m’invitent à le passer avec eux si je le souhaite. Je ne serai plus dans la région mais c’est pour vous dire la gentillesse de ces gens qui me connaissent à peine.

Le mix Couchsurfing/auberge de jeunesse est parfait selon moi. En auberge tu rencontres des voyageurs dans une ambiance internationale. Avec Couchsurfingtu vis chez l’habitant et tu partages le quotidien des locaux. Même si tu manques parfois de confort et d’intimité, l’expérience est plus authentique.

Jour 45 – je retrouve mes allemands pour continuer ma route vers le sud. Au programme quelques villes étapes comme Valdivia (sans grand intérêt touristique) et 2-3 datesTinder non fructueux. Le tout combiné à une météo pluvieuse, et tu obtiens ton premier coup de cafard du séjour. Deal with it bro.

Dans la région des lacs ma dernière étape sera Puerto Varas. Situé entre 3 volcans encore actifs cette ville aux influences coloniales est une belle étape pour les activités outdoor. J’atterris dans une vieille bâtisse retapée en auberge de jeunesse par Nicolas, un chilien qui a la trentaine passée. Il y vit avec sa femme et ses deux parents qui lui rendent visite pour la semaine. Une grande pièce à vivre où tous les voyageurs se retrouvent le soir pour cuisiner et partager un verre. C’est trop bonne ambiance. Seulement c’est rempli de français et d’allemands. Dépaysement 0.

Ce qu’il y a de fascinant dans le voyage, c’est les rencontres. Par recherche de dépaysement et par abondance de temps libre, tu t’intéresses à certaines personnes qui ne t’auraient pas forcément interpellé dans ton quotidien sédentaire. Et ça paye !

Tout commença lorsque je vis ce délicieux plat en train de mijoter sur la gazinière. Du poisson avec des bananes ? What the fuck ? J’interpelle Nico, le gérant de l’auberge :

« – Nico, qué cocinas ?

– Es un Biche amigo, plato típico de Ecuador »

Une soupe de poisson avec des bananes, du maïs et du manioc. Il me voit saliver et me propose de goûter. Je m’assoie à sa table et je troque un bout de mon omelette contre un bol de soupe. On ne va pas se mentir, il perd clairement au change.

À table je sympathise avec Pablo, le père de Nico. Il me raconte ses voyages et comment il vivait pendant l’Apartheid en 67 à Johannesburg. Puis comment, un an plus tard à Paris, il assistait aux manifestations de Mai 68. Son propre père était journaliste et il déménageait constamment à l’autre bout du monde. Il a aussi vécu en Chine et en Équateur (d’où la soupe frère) pour finalement revenir à Santiago pendant la dictature Pinochet.

Pablo ouvre la bouteille de Whiskey planquée dans la commode et il se sert un verre. Il m’explique comment certains de ses amis ont disparu sous la dictature et il a les larmes aux yeux. J’ai l’impression que ce mec a tout vécu. On s’installe au bar et on passe la soirée à discuter en sirotant. Il m’explique qu’il est peintre et il m’invite à voir son atelier lorsque je repasserai par Santiago. Je vérifie son nom sur le net et il est même plutôt reconnu au Chili (Instagram de Pablo : arts_pablogoldenberg1).

Après quelques jours sur place et de nouvelles belles rencontres, je me décide à traverser la frontière pour passer en Argentine. En solitaire cette fois-ci. Ma route vers la Patagonie se fera de l’autre côté du continent car le climat y est plus clément à cette période de l’année. Et j’en reviendrai par le Chili, pour profiter à nouveau de ses paysages et de son peuple extraordinaires.

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